2011 – Freddy Tsimba & Allison Daumain

Freddy Tsimba

Freddy Tsimba est né en 1967, en plein cœur de Kinshasa, rond-point Victoire, où il travaille toujours. Il soude et fond des sculptures gigantesques dans « le couloir de l’humanitaire », un couloir de 1/10m, entre deux bâtiments. Il sculpte l’histoire fracassante de son pays. Il réalise des sculptures à figure humaine ou singesque, des corps de réfugiés, d’exilés, de combattants, de femmes enceintes avec des matériaux de récupération tels que des douilles ou des couverts en métal. Dans son travail, on peut noter l’importance particulière du processus de fabrication. Les traversées périlleuses de son pays jusqu’aux zones de combat à la recherche de douilles, sa collecte quotidienne de mauvais couverts en métal dans les rues de Kinshasa font partie intégrante de sa démarche artistique. C’est là qu’il récolte les histoires de ses concitoyens et qu’il écrit les mémoires de sa République Démocratique du Congo, les couches sédimentaires qui rendent ses sculptures aussi vivantes et frappantes.

Mémoires d’Hautepierre : Freddy Tsimba

Film documentaire

Réalisation : Hervé Roesch

Suite à une visite de quatre jours à Hautepierre, Freddy Tsimba a pu ressentir l’ambiance du quartier. Il a été sensibilisé par l’idée de mobilité et de diversité culturelle qui marque ce quartier. Son projet de sculpture porte alors sur les histoires des exils à Hautepierre. Il sculpte des personnages monumentaux portant des valises, qui représentent le déplacement, et réaliser une porte.

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Travail avec des matériaux de récupération en métal.
Utilisation de matériaux de caddies, (présents partout sur Hautepierre), et parce que
« c’est le ventre qui commande, on ne peut pas oublier le ventre ».
L’idée serait de les aplatir et les souder et assembler avec d’autres matériaux.

 

L’expulsion de Freddy Tsimba le 18 octobre 2011 Freddy Tsimba (auteur de la sculpture emblématique de Matonge, au croisement de la chaussée de Wavre et de la rue Longue Vie à Bruxelles) a été « mis dans l’avion » ce mardi matin 18 octobre 2011.
Sa situation a inspiré ce texte d’une carte blanche dont le but est d’élargir le propos pour mettre en lumière une série de contradictions.
Ce texte est actualisé au fur et à mesure des développements.
Il est soumis pour libre signature à ceux qui désirent s’y associer et déjà ainsi signé par un certain nombre de personnalités et soutiens. Puisque la politique est affaire de discours, je vais donc vous raconter une histoire. Elle se passe entre les lignes d’un document de six pages écrites en néerlandais dont le destinataire, « l’étranger », l’intéressé (de betrokkene), jugé « inadmissible » (INAD) dans l’espace Schengen, ne comprend pas un mot.
Il y a la mobilité professionnelle et le tourisme pour « les uns », les Occidentaux ; et l’(im)migration, l’asile, la répression pour « les autres », ceux qui sont d’office des étrangers ou des « INADS », des « inadmissibles », sur le territoire. Il y aurait quelques milliers de détenus annuels dans les centres fermés en Belgique. Il existe des rapports à ce sujet (http://www.cire.be/ressources/rapports/etat-des-lieux-centres-fermes.pdf)

Il arrive que l’étranger en question ait un nom propre et soit connu. Celui-ci s’appelle Freddy Tsimba. Il est sculpteur, plasticien. Il est notamment l’auteur de la sculpture emblématique de Matonge, au croisement de la chaussée de Wavre et de la rue Longue Vie à Bruxelles. En théorie, il relève de la catégorie des migrants temporaires. Il vient et il va, il rentre chez lui. Il est attendu des deux côtés de la frontière. Certains auteurs les appellent des transmigrants. Il a introduit à la maison Schengen de Kinshasa une demande de visa pour six mois, sur base d’un dossier d’invitations, de prises en charge et autres attestations de solvabilité et de bonne vie et mœurs. Depuis sa médaille d’argent aux 4e jeux de la francophonie à Ottawa en 2001, il circule à travers le monde pour présenter son travail. Son langage est plastique. Mais il parle avec des douilles qui ont tué et des cuillères qui ont mangé. S’il a conquis une belle reconnaissance dans son domaine de compétence, artistique, l’administration des affaires étrangères ne veut pas le savoir. Cela fait pourtant des années qu’il vient régulièrement en Europe. Dernièrement, il a fait l’objet d’une « erreur système » mais, le réflexe commun et systématique est de transférer la faute sur la victime. Elle est forcément coupable de quelque chose, ne fusse que de légèreté. Le libellé du visa prête à confusion. L’intéressé, de betrokkene, se laisse prendre au piège et en fait une mauvaise interprétation. La sienne bien sûr, celle qui était en cohérence avec le dossier déposé. Il a compris qu’il avait un visa de six mois (du 25 juin au 24 décembre) conditionnés à deux fois 90 jours consécutifs sur le territoire Schengen. Il aurait dû comprendre qu’il n’avait que 90 jours à l’intérieur d’une période de six mois. La maison Schengen de Kinshasa a ignoré ses contrats. Elle est sourde, aveugle, et muette. Elle s’applique. Tout le monde n’y a vu que du feu. L’agence fédérale de coopération culturelle qui a fait la réservation du vol pour la première période, la compagnie aérienne avec laquelle il effectue l’aller-retour Kinshasa-Bruxelles, l’inspection des frontières à l’aéroport de Zaventem qui le laisse sortir alors qu’il est illégal depuis six jours, la même compagnie aérienne qui encaisse le prix d’un second billet aller-retour Kinshasa-Strasbourg. À son arrivée à l’aéroport de Bruxelles-National, le passager est immédiatement arrêté en zone de transit. Son visa n’est pas valide ! La Cie reçoit une amende de 4500 euros pour avoir transporté un « illégal », dont elle devra s’acquitter auprès de l’État belge. L’intéressé, de betrokkene, victime malgré lui, est placé en centre fermé, « directive retour » immédiat, à moins qu’il n’ose demander ce qui lui arrive et réfléchir un peu. Il demande qu’on lui explique, par exemple. Pourquoi suis-je d’emblée abordé et traité comme un criminel, enfermé ? À double tour ? Il vivra cinq jours avec ses compagnons d’infortune, soumis au bon vouloir de ceux qui décident, le laissant dans l’incertitude et l’angoisse de son sort. Il optera finalement pour le rapatriement volontaire mais pour cela il doit s’engager à ne pas introduire de recours au Conseil du contentieux des étrangers. L’Office des étrangers lui donne aussi la garantie orale, par avocat interposé, qu’il ne serait pas tenu compte de cet incident, étant donné son « bon profil » ! Toutefois, en flagrant délit de contradiction avec cette parole, son visa sera balafré et son passeport confisqué à son arrivée à Kinshasa. Ce cas est tordu, me direz-vous. Comme les cuillères dont le sculpteur fait des corps de supplicié(e)s ? À moins que l’Office n’en fasse qu’à sa tête. En effet, l’intéressé n’était pas le seul à avoir été rapatrié. Le plus étrange est que ceux-là avaient des visas en bonne et due forme. Le seul problème est qu’ils avaient perdu une virgule pendant le voyage ! Il y a donc deux têtes : une tête qui dit « oui » (qui accorde un visa au départ) et une tête qui dit « non » (qui refuse d’office l’entrée à l’arrivée). Il y a toujours un bon argument pour justifier un refus, quitte à verser dans l’arbitraire, le délit de facies par exemple. Sans le dire, bien sûr. Mais en le faisant sentir. Les chiens ont du flair, c’est pourquoi on les engage. Chaque jour, des dizaines de personnes, parmi lesquelles des enfants et des personnes âgées, sont cueillies à leur arrivée et enfermées là, au centre INAD, en attendant qu’il soit statué sur leur sort. Chaque jour l’Office des étrangers ordonne des expulsions mises en œuvre par les forces de l’ordre. Certaines sont violentes. Recourir en extrême urgence pour suspendre une exécution d’expulsion aboutit rarement, nous confie l’avocate qui s’est penchée sur le dossier pour tenter d’éclaircir la situation dans laquelle se trouvait l’intéressé, de betrokkene. Seule alternative : demander l’asile (la procédure est longue, douloureuse, et sans garantie) ou rentrer chez soi profil bas. Il n’y a pas de place pour le tourisme ni pour la mobilité professionnelle lorsque l’on vient d’Afrique.

Allison Daumain

« […]Excluant la répétition, Allison Daumain interroge de fait le statut de ces images gravées ou sérigraphiées et, à travers elles, celui de toutes les images qui sont potentiellement à la source de ces représentations. Peu nous importe de savoir ce qu’elles sont « à l’origine » puisque ce qui compte est que leur transformation ou leur matérialisation par l’impression et l’estampe aboutissent à la création d’oeuvres originales et définitives, points d’arrivée d’un processus qui n’à pas besoin d’être dévoilé. La frontalité des éléments plastiques fondamentaux (composition centrée ou symétriques, couleurs pures, texture lisse…) et le minimalisme assumé de leur présentation rapprochent ces productions de celles décrites par Jean Dubuffet : « des images impeccablement brutes, douées de tout le prestige qui sacre les portraits que se font d’eux mêmes les enfants dans la neige, les marques laissées sur le sable par les pieds nus d’hommes inconnu ou de bêtes sauvages, et de façon générale tout ce qui appartient à l’ordre des traces au premier rang desquelles se placent les fossiles »5. Cette évidence plastique autorise ces « empreintes » à entrer dans la catégorie des images signes à laquelle appartiennent aussi les pictogrammes ou les logotypes. […] »

extrait du texte « une œuvre originale », texte de Antoine Reguillon, conseiller pour les Arts Plastiques, DRAC du Limousin
Catalogue d’exposition / Orangerie du Château de la Louvière / Montluçon / Édition Shakers

RÊVES ÉVEILLÉS

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Une signalétique poétique et participative pour Hautepierre

 

Profitant de la «tournée des mailles» et de ces instants de rencontre et de partage, Allison a proposé aux enfants un atelier autour de la création d’une signalétique imaginaire pour leur quartier. Et ainsi susciter une relation nouvelle à l’espace, réfléchir au futur du quartier, y projeter leurs attentes, leurs rêves… Interroger les utilisations usuelles de l’espace urbain et de leurs logiques.

Les enfants se sont emparés du langage et des formes en usage dans l’espace public (panneaux directionnels, d’interdiction, d’obligation, etc…) Les loisirs, le jeu, voire la farce et l’absurde ont été les principales réponses. Les idées et dessins ont ensuite été triés, sélectionnés, puis «synthétisés» en saynètes poétiques et pictogrammes. Quelques exemples de panneaux imaginés puis imprimés ensuite en sérigraphie: le «Distributeur de bonbons» de Firat, «Attention, passage de nuages» de Nawal, «Ici, fête foraine» d’Ilias ou encore «Territoire de bataille de d’eau» de Cédric…. Allison a ensuite installé les panneaux dans tout le quartier. Dans une logique de prolifération et d’invasion, ils ont été plantés au cœur des mailles dans ces contres-espaces, propres aux enfants, que sont les bosquets, les espaces de jeux, mais aussi dans ces excroissances urbaines que sont les bacs bétonnés. Ces panneaux introduisent des signes perturbateurs dans la lecture quotidienne de l’espace par les habitants.

Ces images, entre formes normalisées de représentations et échappées imaginaires, font basculer dans le rêve.
En déplaçant le point de vue sur son quotidien, on modifie sensiblement celui-ci. Grâce à l’insertion d’un nouveau langage visuel, une autre lecture de l’environnement dans lequel il s’inscrit. Cela a créé des passerelles temporaires et locales entre le vécu et le perçu, entre la réalité et le rêve.